FRN de Joseph Kabila : Vital Kamerhe prudent, s’adresse à un Président honoraire et le dédouane du statut de «Chef rebelle»

Dans son adresse consécutive à la création du Front pour la refondation de la nation, Vital Kamerhe a dénoncé la contradiction entre les appels à la paix de Joseph Kabila et son rapprochement avec une coalition comprenant l’AFC/M23. Mais, contrairement à d’autres responsables de l’Union sacrée, le président de l’UNC s’est gardé de qualifier directement l’ancien chef de l’État de chef rebelle ou de relais du Rwanda. Une prudence qui révèle autant sa stratégie politique que sa volonté de préserver une éventuelle voie de dialogue.
Vital Kamerhe a choisi ses mots. Tout au long de son discours, il s’adresse à Joseph Kabila en l’appelant « président honoraire », maintenant ainsi la reconnaissance du statut institutionnel de celui qu’il interpelle. Il ne le présente ni comme un ennemi de la République ni comme le chef personnel d’une rébellion soutenue par le Rwanda. Pourtant, son jugement sur la création du Front pour la refondation de la nation est sévère : selon lui, on ne peut proposer la paix au peuple congolais tout en s’associant à des forces engagées dans une confrontation armée contre les institutions du pays.
Le président de l’UNC place ainsi Joseph Kabila devant une contradiction politique plutôt que devant une accusation judiciaire. Il rappelle que, le 9 octobre, l’ancien chef de l’État parlait de paix, alors que quelques jours plus tard était annoncée, à Goma, une coalition politico-militaire comprenant l’AFC/M23. « Vous appelez à la paix dans vos discours, mais vous appelez à la rébellion dans vos actes », lui lance-t-il. Même dans cette formule particulièrement offensive, Kamerhe ne déclare pas que Kabila a lui-même pris les armes. Il l’interroge plutôt sur la portée et les conséquences de son choix politique.
L’autre particularité de cette intervention réside dans l’absence du Rwanda. Alors que Kinshasa présente Kigali comme le principal soutien de l’AFC/M23, Kamerhe ne cite pas le pouvoir rwandais et n’établit aucun lien direct entre Joseph Kabila et Paul Kagame. Ce silence paraît difficilement accidentel dans un discours aussi préparé. Le président de l’UNC condamne la présence de l’AFC/M23 au sein de la nouvelle coalition, mais refuse de déduire automatiquement de cette proximité que l’ancien président congolais serait devenu le représentant des intérêts rwandais. Il laisse ainsi aux institutions judiciaires et sécuritaires la responsabilité d’établir les faits et les éventuelles culpabilités.
Kamerhe n’épargne cependant pas le bilan de Joseph Kabila. Il lui rappelle ses dix-huit années passées au pouvoir et estime qu’il ne peut se présenter aujourd’hui comme un homme étranger aux blessures et aux fragilités de la RDC. Pour lui, accuser son successeur ne suffit pas à effacer sa propre responsabilité historique. Mais, après cette charge, il revient immédiatement à la recherche d’une solution politique : aucune divergence n’est insurmontable lorsque l’intérêt de la patrie est placé au-dessus des ambitions personnelles. Son discours apparaît donc moins comme une déclaration de guerre contre Kabila que comme une condamnation ferme accompagnée d’un appel à renoncer à l’option armée.
En réaffirmant son soutien à Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe demeure clairement dans le camp du pouvoir. Mais il refuse d’adopter une rhétorique susceptible de fermer définitivement toute possibilité de médiation. Là où certains parlent d’un chef rebelle, d’un traître ou d’un étranger au service du Rwanda, lui continue de s’adresser à un ancien président de la République auquel il demande de répondre de ses alliances. Cette nuance constitue le véritable message de son intervention : condamner le FRN et défendre les institutions sans prononcer, à la place de la justice, la culpabilité personnelle de Joseph Kabila, tout en préservant l’hypothèse qu’une sortie de crise passera finalement par le dialogue.
