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Repenser une justice climatique dans le cadre de la transition energetique en Afrique,Par Claude Nyamugabo Bazibuhe.

Introduction

Depuis près de deux décennies, le phénomène du changement climatique est reconnu par la communauté internationale et les rapports scientifiques, d’année en année, sont de plus en plus alarmants. Les conséquences annoncées de ces dérèglements d’origine anthropique ne sont plus une fiction et font désormais parties du quotidien d’une part significative de l’humanité et les conséquences à venir sont déclarées comme imprévisibles, catastrophiques et potentiellement irréversibles.

Actuellement, plus personne ne peut prétendre à de l’innocence sur ce sujet et il est indéniable que nous avons dépassé le temps de l’apprentissage et de la connaissance. L’inertie dans la décision et dans la mise en œuvre a transformé d’année en année la responsabilité partagée mais différenciée en une responsabilité que beaucoup s’accorde à penser comme criminelle car délibérément de la volonté commune. D’aucun commence à parler de crimes climatiques car l’humanité ne peut plus prétexter une découverte du sujet et force est de constater que nos États sont bien conscients des conséquences de nos modes de développement.


En dépit de multiples conférences, malgré la création de nouveaux groupes de travail, de nouvelles institutions, de nouveaux mécanismes, les trajectoires de nos émissions ne diminuent pas. Nous assistons plutôt avec une certaine impuissance à une mise en scène qui pourrait nous faire croire que nous avons encore le temps d’agir. Ceci parait comme une situation paradoxale entre l’ambition de la cause énoncée et la difficulté de mettre en œuvre ses propres engagements, une absence totale d’évaluation et de pénalités n’inclinant pas à l’excellence. La théâtralisation et l’usage de l’émotion deviennent alors indispensables pour éviter d’être confronté à un bilan ».

Face à cet immobilisme, la mise en place d’une véritable justice climatique est désormais devenue indispensable. C’est d’ailleurs, avec cet objectif que de nombreux mouvements se sont mis en place dès déjà les années 2000. Cette année-là, alors que se tenait la sixième Conférence des Parties à la Haye, un évènement alternatif, appelé premier sommet pour la justice climatique fut organisé, dénonçant l’inefficacité des négociations intergouvernementales sur le climat et affirmant que le changement climatique devait être une question de droits car il a des impacts sur nos moyens d’existence, notre santé, nos enfants et nos ressources naturelles.

L’histoire de la planète nous enseigne d’une part que la nature est en évolution beaucoup plus constante. Cependant, la science nous montre de l’autre part aussi que, depuis l’ère industrielle, l’action de l’homme sur l’environnement accentue les changements naturels et contribue à modifier le climat. Le changement climatique constitue un phénomène qui exacerbe et démultiplie toutes les contraintes économiques, sociales et environnementales auxquelles nos sociétés sont de nature confrontées. Dans les faits, les conséquences deviennent jour après jour une réalité pour une part grandissante de la population mondiale vivant principalement dans des pays en développement.

L’inaction collective et le non-respect des engagements pris par les pays industrialisés et maintenant par les économies en transition se traduisent par un réel préjudice aux conséquences irréversibles. Seul un régime juridique opposable, neutre, au-dessus de tout intérêt partisan et répondant d’un objectif de société résolument solidaire pourrait permettre de lutter contre ce que certains veulent faire apparaître comme des fatalités. De plus, le manque d’avancées concrètes depuis ces vingt dernières années témoigne de la difficulté d’arriver à une gouvernance internationale pour régler la question du changement climatique, chaque pays faisant passer ses intérêts propres avant ceux de l’humanité toute entière au déni de tout accord contraignant supranational.​

Il est aujourd’hui la problématique environnementale la plus préoccupante. Ce changement climatique est défini par le Groupe intergouvernemental des experts sur l’évolution du climat (GIEC) comme « une variation de l’état du climat que l’on peut déceler (par exemple au moyen de tests statistiques) par des modifications de la moyenne et/ou de la variabilité de ses propriétés et qui persiste pendant une longue période, généralement pendant des décennies ou plus. Il se rapporte à tout changement du climat dans le temps, qu’il soit dû à la variabilité naturelle ou à l’activité humaine ».
Les négociations internationales à ce sujet progressent extrêmement lentement. C’est parfois un luxe que la communauté internationale se permet, un luxe qui contraste avec les réalités des changements climatiques, surtout dans les pays insoutenables. Les impacts du changement climatique aggravent la pauvreté dans la plupart des pays en développement et créent de nouvelles poches de pauvreté dans les pays aux prises avec des inégalités croissantes. Et le GIEC précise qu’il s’agit à la fois de pays en voie en développement et de pays développés, au sein desquels les couches pauvres des populations qui sont particulièrement vulnérables au changement climatique.

Les pays du Nord étant historiquement responsables d’une large partie des émissions de gaz à effet de serre, ceux du Sud subissent l’essentiel des conséquences et cela même comme le tribut que paient déjà au réchauffement climatique les territoires du Grand Nord. Que les pays les plus vulnérables soient parmi ceux qui ont le moins contribué aux émissions constitue une seconde source d’injustice climatique. Et cela reste vrai aujourd’hui. L’Afrique a connu depuis le début de ce siècle, une période de croissance soutenue. Ce regain de dynamisme économique serait le fruit des réformes entreprises dans un nombre de pays du continent et surtout de l’effet d’entraînement lié au développement du commerce mondial et de l’émergence de nouvelles puissances économiques en Asie et en Amérique latine.

Cette nouvelle ère succédait aux années 1980 et 1990, des décennies perdues pour le développement du continent, qui étaient caractérisées par la faillite économique et politique de plusieurs pays de l’Afrique. Malgré ces résultats positifs, qui s’accompagnent avec un regain d’intérêt pour l’Afrique, le continent reste confronté à plusieurs défis majeurs avec un impact déterminant sur son projet de développement économique et social. En plus de l’impératif que constituent le développement et renforcement d’un capital humain productif pour tirer profit de son boom démographique, le continent se doit aussi de mettre la promotion de la bonne gouvernance au cœur des réformes institutionnelles.

Parmi les défis liés à l’environnement physique, l’accès aux services infrastructurels est le plus urgent. La faiblesse des infrastructures matérielles est un obstacle au développement des échanges commerciaux et à une exploitation optimale des ressources naturelles du continent. Le développement de ces infrastructures est d’autant plus important que la dynamique démographique entraîne une pression accrue sur les infrastructures existantes et accélère l’urbanisation.


En outre, l’Afrique est l’une des régions les plus vulnérables au phénomène du réchauffement de la planète et de ses conséquences, elle subit une injustice climatique qui ne dit plus son nom. Plusieurs pays du continent subissent déjà diverses manifestations liées au changement climatique, notamment des sécheresses répétées, qui viennent s’ajouter aux faibles capacités d’adaptation, et produisent des effets négatifs sur le développement socioéconomique et le bien-être des populations.

Enfin, l’autre menace qui pèse sur un développement durable de l’Afrique serait l’empreinte écologique et la surexploitation des ressources naturelles renouvelables et non renouvelables du continent. La déforestation rapide et la dégradation de l’environnement constituent un phénomène réel dans plusieurs régions du continent. Les ressources en eau subissent aussi des pressions croissantes qui sont amplifiées par le phénomène du changement climatique.

Face à ce constat, la justice climatique constitue une revendication forte pour une transition énergétique en Afrique durable car la crise climatique n’est pas seulement une crise liée au réchauffement planétaire. C’est une crise politique, une crise alimentaire et énergétique en plus d’être une crise écologique. La justice climatique constitue une prise de conscience ancienne dont sa mise en œuvre est floue et ambiguë. Déjà en 1972, à Stockholm, à l’occasion du premier Sommet de la Terre, la communauté internationale s’interrogeait sur l’impact environnemental, économique et social de son modèle de développement et posait les bases d’une autre possible trajectoire respectueuse de l’homme et de l’environnement tout en assurant une croissance soutenable et solidaire à nos sociétés.

Les bases du développement durable étaient posées et, en 1992 à l’occasion du Sommet de Rio de Janeiro, les Nations Unies reconnaissaient officiellement ce concept et adoptaient un plan d’action appelé Agenda 21. À cette même époque, la Communauté internationale découvrait le phénomène du changement climatique dont l’origine anthropique se confirmera d’année en année. Et En 1988, l’Organisation Météorologique Mondiale et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement mettent en place le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) avec pour mission d’évaluer et de synthétiser les connaissances scientifiques mondiales publiées sur cette question.

En 1992, la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) était adoptée. Les Parties signataires s’y engagent à lutter contre le phénomène du réchauffement global. Enfin à la COP21 la justice climatique est apparait comme une question centrale sur laquelle tout débat devrait tourner. Le rapport du GIEC, publié en 2014, précise que « les populations marginalisées sur les plans social, économique, culturel, politique, institutionnel sont particulièrement vulnérables aux changements climatiques ainsi qu’à certaines stratégies d’adaptation et d’atténuation (…). Les différences de vulnérabilités et d’exposition aux risques résultent de facteurs non liés au climat et d’inégalités aux dimensions multiples ayant souvent pour origine des processus de développement inégal. »

Au premier rang d’entre eux, on peut citer la sécurité alimentaire qui face à une demande croissante pourrait être mise en danger à l’échelle mondiale, les pressions diverses par leur nature ou leur degré s’exerçant sur tous les pays. Elle constitue donc un enjeu stratégique majeur. Les risques liés au stress thermique, aux précipitations extrêmes, aux inondations, aux glissements de terrain, à la pollution atmosphérique, aux sécheresses et aux pénuries d’eau pourraient affecter les personnes, les écosystèmes, les biens et les économies, sans épargner ni les zones urbaines ni les zones rurales. Ces risques sont amplifiés pour celles et ceux qui sont privées des infrastructures et services essentiels ou qui vivent dans des habitations de piètre qualité ou dans les zones exposées. Dans les zones rurales, le changement climatique affectera la disponibilité et l’approvisionnement en eau et donc la sécurité alimentaire et les revenus agricoles.

Dans les deux cas, les pertes de production s’accéléreront avec le réchauffement ce qui devrait ralentir la croissance économique. Les impacts du changement climatique devraient aggraver la pauvreté dans la plupart des pays en développement et créer de nouvelles poches de pauvreté dans les pays aux prises avec des inégalités croissantes. Et le GIEC précise qu’il s’agit à la fois de pays en voie en développement et de pays développés, au sein desquels les couches pauvres des populations risquent d’être particulièrement vulnérables au changement climatique.

I. LE REGARD INTERNATIONAL SUR LA JUSTICE CLIMATIQUE

Il est tout évident que la justice climatique est un sujet qui occupe la scène internationale depuis plus de vingt ans et qui se trouve au centre de tout débat écologique. Ce débat connaît par ailleurs des déclinaisons et des implications tant nationales, régionales qu’internationales. Ce point sera focalisé sur les issues des différentes négociations internationales climatiques et leurs apports dans la recherche de l’équilibre climatique.

A. Approche conceptuelle de la justice climatique au niveau international et son lien avec la transition énergétique

De prime abord, la première conférence sur l’environnement ayant eu lieu à Stockholm en 1972, et plu tars l’avènement du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, fait, pour la première fois, le lien entre environnement et développement. C’est alors que sont adoptés par la communauté internationale les principes du développement durable. Trois conventions y sont donc signées, dont la Convention Cadre des Nations Unies pour les Changements Climatiques (CCNUCC). Pour la mise en œuvre de cette convention, les parties signataires ont négocié un protocole qui a été signé en 1997 à Kyoto.
Ainsi, la crise environnementale et climatique actuelle constitue l’une des principales menaces qui pèsent sur la vie sur la planète pour les générations actuelles et futures. Le réchauffement de la planète et la destruction des écosystèmes menacent la production d’aliments nutritifs, la disponibilité de l’eau, le logement et la santé, autant d’éléments essentiels pour vivre dans la dignité. Les personnes et les communautés qui souffrent le plus des conséquences de l’éco-destruction et des impacts liés au climat sont celles qui sont déjà les plus vulnérables et marginalisées.
Il s’agit notamment des 2,5 milliards de petits agriculteurs, d’éleveurs, de pêcheurs et de personnes tributaires des forêts qui dépendent de la terre, de l’eau et d’autres ressources naturelles pour leur survie. Ils et elles sont les plus touchés par le changement climatique, bien qu’ils aient le moins contribué à ses causes. Cette répartition inégale des causes, des risques et des impacts a donné lieu à un appel mondial en faveur de la justice environnementale et climatique. Les mouvements de base qui prônent la justice environnementale et climatique partagent une variété de préoccupations interdépendantes, telles que l’impact inéquitable de la production de combustibles fossiles sur des personnes déjà vulnérables et la responsabilité historique des pays industrialisés. Le principe de « préoccupation commune pour l’humanité », énoncé dans le préambule de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et réitéré dans l’Accord de Paris de 2015, affirme que la lutte contre le changement climatique doit être une entreprise collective et ne peut être résolue de manière indépendante.
Les États ont ensuite été encouragés à ratifier cet Accord, c’est-à-dire à le transmettre à leurs parlements nationaux pour qu’ils l’approuvent et le déclinent en normes nationales. La Conférence de Bali, en 2007, a permis de poser les bases des suites du Protocole de Kyoto pour la période 2013-2017. Il y fut adopté une feuille de route pour la progression des négociations sur les piliers fondamentaux de la question climatique : les réductions d’émissions de gaz à effet de serre (atténuation), l’adaptation aux changements climatiques, le développement et le transfert de technologies propres et les mécanismes de financement. La feuille de route de Bali devait aboutir à la signature à Copenhague en 2009 du « Protocole de l’après-Kyoto ».

Deux scénarios sont évoqués dans le Plan d’action de Bali : le premier consiste en une réduction des émissions de 10 à 30% (par rapport à 1990) pour les pays industrialisés d’ici 2020, avec des efforts « marginaux » de la part des pays en développement ; le deuxième, plus ambitieux, recommande 25 à 40% d’ici 2020 pour les pays développés, 50% pour tout le monde d’ici 2050.

En décembre 2008, le paquet énergie-climat est adopté par l’Union européenne, ce qui la positionne comme région leader en termes de lutte contre le réchauffement climatique. La position européenne se voulait ouverte et disposée à élever ses exigences à une réduction de 30% de ses émissions en cas d’accord global à Copenhague. Conformément au plan d’action de Bali, les négociations pour l’après-Kyoto ont jalonné les années 2008 et 2009. La Conférence de Poznan en 2008 se voulait un sommet intermédiaire entre Bali et Copenhague, et n’a pas vu d’avancées spectaculaires, les esprits restant toutefois positifs. Malgré quelques signaux défavorables en 2009, les espoirs étaient grands de voir la conclusion d’un accord ambitieux, équitable et contraignant à Copenhague. Parmi les signaux négatifs, on relevait pourtant l’absence de loi américaine sur le climat, qui empêche l’administration de l’ancien président américain Obama d’annoncer des objectifs de réduction, les annonces officielles décevantes en termes d’intentions de financement de l’adaptation et des efforts d’atténuation (Japon : 8% par rapport à 1990; Nouvelle-Zélande : pas de chiffre; Canada : pourrait voir augmenter ses émissions; l’Australie restait dans l’expectative de l’engagement des autres, etc.).

Enfin, malgré l’intention annoncée des États-Unis de parvenir à un accord, ces derniers ont contribué à bloquer les négociations en remettant notamment en question leur rôle de plus grand émetteur de gaz à effet de serre, pointant la Chine du doigt.

B. Paradoxes des négociations climatiques

Réunies à Copenhague les Nations Unies se sont révélées incapables de réaliser les ambitions partagées par les peuples du monde entier, et ont été supplantées dans la dernière ligne droite par un petit groupe de pays qui ont signé un « accord » pour sauver la face. L’Accord de Copenhague, dont la conférence des parties s’est contentée de « prendre note », prévoit un engagement à maintenir le réchauffement global sous les 2°C, nécessitant de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre.

L’accord, reconnaissant les besoins d’adaptation, engageait les parties de l’Annexe I à annoncer leurs objectifs de réduction des émissions pour le 31 janvier 2010 et les parties de l’Annexe II à s’engager pour l’atténuation. L’accord soutient par ailleurs l’établissement du mécanisme de réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD+) et décide de poursuivre les différentes pistes, y compris les solutions de marché, pour promouvoir un développement bas carbone. En termes financiers, les États s’étaient engagés à 30 Milliards de dollars de fonds nouveaux et additionnels pour la période 2010-2012 (répartis équitablement entre adaptation et atténuation) et à 100 Milliards de dollars annuels d’ici 2030, des fonds nouveaux et additionnels, prévisibles et pertinents qui devraient être majoritairement gérés par le Copenhagen Green Climate Fund (GCF).

Enfin, l’accord mandate un panel d’experts internationaux pour étudier la question du financement à long terme, suggère que le GCF soit une entité opérationnelle pour le soutien des projets liés à l’atténuation, établit un « Technology mechanism » pour aider à l’adaptation et à l’atténuation et demande une évaluation de l’implémentation de cet accord. Cet accord de Copenhague a déçu de nombreux États qui se sont sentis niés, mais également de nombreux négociateurs qui ont travaillé plus de deux ans pourélaborer les contours de cet accord et étaient parvenus à faire aboutir les négociations sur un texte commun, sans parler des sociétés civiles du monde entier.

Avec la rupture du multilatéralisme à Copenhague, les analystes parlent du passage d’une logique de coopération internationale à une logique de coordination internationale. Le constat est clair : les pays ont démontré qu’ils ne sont pas prêts à agir et à collaborer au niveau international de façon concertée. Le cadre des Nations Unies devient alors une enceinte qui se contente de recueillir les annonces d’engagement et les bonnes volontés, sans plus.

A Cancún, le climat n’était pas non plus sauvé. L’année 2010 aura vu la configuration internationale se détériorer encore un peu plus, ce qui n’était pas propice à des mesures ambitieuses pour le climat. L’opposition entre la Chine et les États-Unis non résolue et les élections de mi-mandat aux Etats-Unis qui voyaient la victoire des Républicains n’étaient pas pour favoriser les avancées attendues du côté américain. Néanmoins, la Conférence de Cancún a entériné l’Accord de Copenhague et adopté un accord qui trace les contours du futur accord international pour le climat dans les quatre grands chapitres définis par la Feuille de route de Bali. Des mécanismes internationaux pour le transfert des technologies, pour la lutte contre la déforestation, pour les financements climat ont ainsi notamment été échafaudés.
D’emblée, au lendemain de Copenhague, la stratégie a été décristallisée l’attention médiatique pour faire de Cancún un Sommet intermédiaire. Ensuite, laisser de côté les sujets qui fâchent, et en particulier les réductions d’émissions de gaz à effet de serre et le caractère contraignant des mesures à prendre.

Le Mexique a démontré la volonté de faire progresser les débats en privilégiant une stratégie pragmatique : travailler d’abord aux décisions opérationnelles, les faits et objectifs à atteindre, pour ensuite envisager le format légal des décisions, c’est-à-dire l’aspect contraignant de l’accord. Le scénario présenté par le secrétariat de la Convention a été celui d’une négociation privilégiant l’architecture fonctionnelle afin de renforcer la confiance des différentes Parties. À cet effet, force est de constater les efforts pour honorer les engagements de Copenhague : les pays de l’Annexe I ont annoncé leurs engagements pour la fin janvier; l’UE avait presque respecté ses engagements promis pour les financements 2010; un site internet a été ouvert pour permettre plus de transparence dans l’alimentation et la gestion de ce fonds; et début novembre 2010, le panel d’experts sur le financement avait donc remis son rapport.

Enfin, grâce à une succession de sessions intermédiaires tout au long de l’année, l’objectif a été de travailler à rétablir de la confiance à la fois dans le processus, mais aussi entre les Parties. Mettre à disposition les engagements financiers promis à Copenhague pour les financements rapides (années 2010 à 2012) a été présenté comme un gage de volonté politique internationale afin de rétablir la confiance en particulier par rapport aux pays du Sud.

En termes de résultats, l’Accord de Cancún est loin d’être parfait : s’il a le mérite de contribuer à rétablir un semblant de logique multilatéraliste au niveau international, logique qui devra être confirmée à Durban, il reste bien faible par rapport aux ambitions qui seraient nécessaires pour prétendre lutter contre le réchauffement global. La somme des engagements des 55 pays (représentant 80% des émissions mondiales de gaz à effet de serre) est loin de l’objectif de limiter le réchauffement global à 2°C : selon les experts, elle n’empêchera pas le scénario d’un réchauffement global de 3,4 à 3,9°C, aux conséquences dramatiques pour la planète ! Comme les mouvements sociaux et environnementalistes l’ont souligné : « le processus est sauvé, mais pas le climat ».

II. Une justice climatique confrontée au défis de sa mise en œuvre

Au sommet de Rio en 1992, le principe fondateur commun aux grands accords sur l’environnement, le développement durable ou les changements climatiques a été inscrit : « Etant donné la diversité des rôles joués dans la dégradation de l’environnement mondial, les États ont des responsabilités communes mais différenciées. Les pays développés admettent la responsabilité qui leur incombe dans l’effort international en faveur du développement durable, compte tenu des pressions que leurs sociétés exercent sur l’environnement mondial et des techniques et desressources financières dont ils disposent. »

Dès lors les États ou les groupes d’États appelés Parties ont été regroupés dans différentes catégories selon leurs niveaux historiques de contribution aux processus du dérèglement climatique avec pour chacune de ces catégories des engagements et des contraintes différentes. Les pays industrialisés regroupés dans l’Annexe I de la Convention ont des engagements de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et doivent accompagner financièrement les pays en développement pour que ces derniers, qui n’ont pas d’engagement de réduction de leurs émissions de GES, puissent se développer selon des trajectoires sobres en carbone.

Cet accord avait pour objet de maintenir dans une limite de 2°C l’augmentation de la température terrestre moyenne mais n’était adossé à aucun engagement contraignant et chiffré. Ce même principe fondateur se retrouve au cœur du Protocole de Kyoto (PK) adopté en 1997 lors de la 3ème Conférence des Parties sous le couvert de la CCNUCC. Le PK repose sur une stratégie inscrite dans la durée de réduction des émissions de GES d’origines anthropiques. Pour la première période d’engagements entre 2008-2012, les pays industrialisés se sont engagés à réduire de 5 % leurs émissions de GES par rapport aux niveaux de 19902 en complément de moyens financiers pour aider les pays en développement.

Si la reconnaissance d’une responsabilité partagée mais différenciée n’a pas fait l’objet de questionnements particuliers l’humanité étant confrontée à la réalité historique des faits, la qualification de la nature du préjudice, celle d’une possible réparation et de ses modalités de mise en œuvre ont été et restent encore aujourd’hui source de nombreux désaccords. En effet, dans le débat qui nous intéresse la nature et le poids des mots est de la plus haute importance car, si une responsabilité au sens juridique du terme est établie, il conviendrait alors de réparer le préjudice, voire d’être obligé de verser des dommages et intérêts à la partie lésée.

Cela reviendrait alors à devoir s’accorder sur la quantification du niveau d’une dette que certains pays auraient individuellement ou collectivement vis-à-vis d’autres pays. Dès le début, ces sujets ont été sources de polémiques et cela a, en partie, contribué au retrait des États-Unis du protocole, en 2001, alors qu’il s’agissait à l’époque du premier émetteur mondial de Gaz à Effet de Serre. Ceci étant dit, personne ne remet en cause le fait que les pays industrialisés aient une obligation à s’engager plus activement dans la réduction de leurs émissions ainsi qu’à accompagner et soutenir financièrement les pays en développement dans leurs stratégies d’atténuation et d’adaptation face au changement climatique.

Pour autant, la géopolitique mondiale a évolué et la notion de responsabilité devient plus complexe à établir. Par exemple, entre 1850 et 2002, les émissions cumulées de CO2 des États-Unis et de l’Europe représentaient respectivement 29,3 % et 26,5 % des émissions mondiales. Dans un tel contexte, il devient complexe de désigner un pays ou un groupe de pays comme unique responsable. Ce qui précède ne doit pas faire oublier que, pour un nombre très important de pays en développement et plus particulièrement les pays les moins avancés, la situation demeure inchangée et que les populations restent dans des situations de réelles fragilités exacerbées par les conséquences des changements climatiques.

Les pays industrialisés ont contribué plus largement au dérèglement du climat, ils ne sont et ne seront pourtant pas les plus touchés par les conséquences multiples annoncées. Les rapports scientifiques se succèdent et chacun s’accorde à décliner une liste presque sans fin de conséquences d’autant plus inquiétantes qu’elles interagissent et se renforcent mutuellement. On citera ici le 5ème Rapport d’évaluation sur le climat du GIEC, publié en avril 2014, qui dresse un bilan très inquiétant même s’il propose des pistes d’actions qui permettraient d’infléchir les tendances de la situation climatique actuelle : sécheresses à répétition, inondations, pénuries alimentaires, catastrophes naturelles, augmentation des risques de conflits…

Dans les pays les plus pauvres, faisant déjà face à des conditions critiques notamment en termes d’alimentation, de santé et de sécurité, les bouleversements climatiques ne feront qu’exacerber ces situations. A titre d’illustration, en Afrique subsaharienne qui est la région du monde avec l’Indice de Développement Humain (IDH) le plus faible la production agricole pourrait diminuer de 20 à 30 % d’ici 2080 si le réchauffement global dépassait les 2°C4.

Par ailleurs, au regard de leurs faibles ressources technologiques et financières, les pays en développement se retrouvent en difficulté lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre des stratégies d’adaptation. Pour répondre à cette multitude de défis, ces pays ont cherché à introduire dans les discussions intergouvernementales la notion de pertes et dommages qui caractérise les impacts irréversibles ainsi que ceux ne pouvant être évités par des stratégies d’adaptation ou d’atténuation. Il peut s’agir, par exemple, de la perte de terres habitables ou agricoles causée par des sécheresses et des inondations récurrentes, de l’élévation du niveau des mers ou de l’augmentation de la salinité des sols. Les écosystèmes et les terres deviennent alors tellement altérés qu’ils ne peuvent plus revenir à leur état initial.

III. Pour quelle transition énergétique dans une Afrique en crise

De prime abord, l’Afrique a beaucoup plus l’avantage de disposer d’un important potentiel d’énergies renouvelables. Encore peu exploités, le solaire, l’hydroélectricité, lagéothermie, la biomasse et l’éolien sont des atouts sur lesquels le continent peut appuyer son développement. Favoriser les énergies durables, c’est aussi réduire sa dépendance aux énergies fossiles. L’Agence Française de Développement (AFD) accompagne les États et partenaires qui souhaitent s’orienter vers la transition énergétique à suivre des modèles énergétiques plus durables. Cela se traduit par des solutions de production d’énergie mixte, la construction et le raccordement de centrales solaires ou hydroélectriques. Elle soutient aussi la mise en œuvre et l’expérimentation de projets innovants de production d’énergies renouvelables. Que ce soit de la géothermie au Kenya par exemple à la première centrale solaire flottante en Côte d’Ivoire.

En Afrique, la stratégie de transition énergétique se décline en trois axes d’intervention et mobilise trois leviers transversaux d’accélération. Les trois axes d’intervention se construisent en :

  • L’accès pour tous aux services énergétiques modernes Pour une meilleure inclusion sociale et territoriale, cet enjeu reste clé en Afrique. Les installations hors réseau de production autonome d’électricité sont une solution adaptée, particulièrement pour l’électrification des zones rurales.
  • L’offre énergétique modernisée et décarbonée ; elle nécessite de financer des investissements massifs, publics ou privés, dans le développement des énergies renouvelables et l’accès au réseau. C’est ainsi l’AFD accompagne de façon volontariste ses partenaires africains vers la sortie des énergies fossiles.
  • L’efficacité énergétique et la maîtrise de la demande En Afrique comme ailleurs dans le monde, cet enjeu est important face au changement climatique. Cette priorité touche particulièrement les secteurs de l’industrie, de l’aménagement urbain, de l’amélioration énergétique et du confort thermique des bâtiments.

Les trois leviers transversaux d’accélération se définissent en :

  • Des mobilisations et renforcement des acteurs au service de la transition énergétique en développant des partenariats à long terme, le groupe AFD participe à réorienter les flux d’investissement, notamment privés, vers la transition énergétique. Le renforcement des capacités des acteurs, en particulier celles des opérateurs électriques africains, est aussi un objectif. Ce travail à long terme est essentiel au succès de la transition énergétique.
  • Appui des politiques sur la transition énergétique ; L’AFD soutient l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi des politiques publiques africaines favorables à la transition énergétique. Cet objectif repose sur des prêts de politiques publiques, des appuis techniques et des outils d’aide à la décision pour renforcer le dialogue avec les États et les acteurs de la transition énergétique.
  • Soutien de l’innovation. L’innovation, qu’elle soit numérique ou financière, est l’un des principaux facteurs d’émergence de la transition énergétique en Afrique. Les offres de financement, les appels à projets ou encore des actions pilotes s’adaptent à de nouveaux modèles d’affaires et à l’écosystème local riche en start-up.

A. L’accès à la justice climatique comme un droit fondamental pour les peuples africains

L’importance de la justice climatique n’est plus à démontrer. Toutefois, son accès soulève la question du sens à donner à ce terme. L’intérêt de la justice climatique réside dans son originalité et dans sa capacité à sécuriser les droits des populations locales et autochtones en matière d’environnement. En effet, la justice en matière d’environnement vise à partager de manière équitable les bénéfices et les charges des ressources environnementales entre tous les membres d’une communauté humaine.

Le droit d’accès à la justice en matière d’environnement fait partie des droits procéduraux les plus importants (droit à la participation, droit à l’information, droit à la consultation) car ils organisent la manière dont les personnes peuvent faire valoir leurs droits substantiels (droit à la propriété foncière et forestière, droit au partage des bénéfices et avantages, droits d’usage coutumiers). Reprenant les propos de M. Pierre Lambert concernant le droit à un environnement sain, le droit d’accès à la justice en matière d’environnement doit être considéré comme un droit fondamental, ayant pour référence « la dignité humaine et le bien-être ».

Car c’est un droit qui permet à la fois la protection des droits humains et celle de la nature. La reconnaissance de ce droit au plan international a également des répercussions au niveau régional. Le premier instrument juridique est et demeure la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement, qui consacre l’individu comme un acteur important du droit de l’environnement, en lui reconnaissant le droit d’accéder aux informations, de participer à la prise de décision et un accès effectif à des actions judiciaires et administratives.
Cependant, c’est la Convention d’Aarhus, entrée en vigueur en 2001, qui traduit directement la Déclaration de Rio en regroupant ces droits et en les affirmant comme droits fondamentaux. Dans son préambule, la Convention reconnaît les liens qui existent entre les droits fondamentaux et la protection de l’environnement. Bien qu’elle soit une convention régionale de la Commission économique de l’ONU pour l’Europe, tous les États membres des Nations Unies peuvent en devenir partie (article 19).

Elle est même présente dans des États ne l’ayant pas signée. En définitive, cette affirmation du droit d’accès à la justice environnementale comme un droit fondamental illustre bien la capacité de pénétration du droit international dans les lois nationales pour se saisir des peuples et des ressources naturelles situés sur le territoire d’un État. Il faut aussi relever que l’accès à la justice en matière d’environnement bénéficie, de façon indirecte, d’une protection juridique contraignante, par le biais d’instruments juridiques qui ne lui sont pas pleinement consacrés. Au niveau régional, la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples prévoit également la reconnaissance d’un droit à la justice. En effet, elle proclame que « Toutes les personnes bénéficient d’une totale égalité devant la loi et ont droit à une égale protection de la loi » (article 3).

Elle érige également l’accès à la justice au rang de droit fondamental, en indiquant que « toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue ». Ce droit recouvre, selon les rédacteurs de la Charte, « le droit de saisir les juridictions nationales compétentes de tout acte violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus et garantis par les conventions, les lois, règlements et coutumes en vigueur ». La Charte consacre également un certain nombre de principes qui renforcent le droit à un procès équitable et les garanties procédurales (articles 7 et 26).

En effet, la notion d’accès à la justice suppose que soit reconnu à chaque individu le droit de saisir les juridictions nationales compétentes en cas de préjudice subi. Il suppose aussi le droit de se faire représenter et celui d’être jugé dans des délais raisonnables. Pour rendre effectifs les articles 5, 6, 7 et 26 de la Charte dont les dispositions sont relatives au droit à un procès équitable, la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples a élaboré des Directives et principes sur le droit à un procès équitable et à l’assistance judicaire en Afrique. À travers sa résolution sur le droit à un procès équitable, la Commission a réaffirmé le droit à la réparation en cas de violation de droits et le droit à l’égalité des individus devant la loi.

B. Quelle justice climatique, pour quel modèle de transition énergétique en Afrique ?

Soulignons ici que l’Afrique a emprunté la voie de la transition vers une croissance verte grâce au développement de sources d’énergie renouvelables et d’une économie à faible émission de carbone, comme cela a été souligné lors de la COP 21 à Paris en 2015, lors du lancement de l’Initiative pour les énergies renouvelables en Afrique (AREI). Le sommet de la COP26 réunit les parties pour accélérer l’action en vue de la mise en œuvre complète de l’accord de Paris et de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. L’accès à une énergie propre et abordable en Afrique reste l’un des plus grands défis auxquels le continent est confronté. L’Afrique compte encore environ 900 millions de personnes qui n’ont toujours pas accès à des infrastructures de cuisson propres et modernes, et plus de 600 millions qui n’ont pas accès à l’électricité.
La situation est encore plus alarmante pour les populations vivant dans des zones éloignées et rurales. La bonne nouvelle est que la contribution de l’Afrique aux émissions de dioxyde de carbone (CO2) est de loin la plus faible, avec seulement 3 à 4 % des émissions mondiales, et que l’Afrique est un continent qui dispose de vastes ressources énergétiques inexploitées. Dans ce contexte, l’Union africaine (UA) a pris des mesures importantes pour faire évoluer le secteur de l’énergie dans l’intérêt de sa population, comme le souligne l’Agenda 2063 de l’UA : « Le système énergétique de l’Afrique doit être basé sur des sources d’énergie propres et renouvelables, soutenues par un secteur manufacturier fort et localisé ».
Ces aspirations sont pleinement ancrées dans la stratégie de l’UA, qui vise à adopter des systèmes énergétiques plus propres, plus efficaces et plus adaptables grâce au programme africain de transition énergétique. Ce programme a été adopté par les organes de décision de l’UA pour aider les États membres de l’UA à faire une transition harmonieuse vers des sources d’énergie renouvelables, conformément à l’accord de Paris sur le changement climatique. Ce continent dispose d’atouts importants relatifs à la richesse de son sous-sol, à ses capacités agricoles et forestières et à ses potentiels énergétique et humain. Ces ressources offrent au continent africain, notamment sa partie subsaharienne, l’opportunité d’opérer une transformation économique bénéfique pour les peuples et de jouer un rôle majeur dans l’économie de la planète.
Il est riche en ressources énergétiques mais sa capacité d’exploitation et d’utilisation de ces ressources reste assez faible. De nombreux pays africains sont confrontés à des crises énergétiques aiguës avec un accès limité aux formes modernes de l’énergie, une électricité inaccessible, inabordable et peu fiable pour la majeure partie de la population. Dans ce contexte, la réduction de la précarité énergétique est au centre des enjeux relatifs au développement socio-économique du continent, et figure souvent en tête de la liste des priorités des gouvernements et autres décideurs politiques et économiques.

L’Afrique reste un continent de fractures énergétiques. Si le continent dans son ensemble est peu consommateur d’énergie, ce constat masque une grande diversité, tant au niveau régional que local « . La fracture énergétique entre l’Afrique et le monde cache des différences régionales et locales notables. Si seulement 30 % de la population africaine vit en Afrique du Nord ou Afrique du Sud, ces deux régions représentent près de 80% de l’énergie consommée par l’ensemble du continent.
L’urbanisation, la croissance démographique et la croissance économique entraînent une augmentation de la demande en énergie. En particulier, la demande d’électricité augmente rapidement dans la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne, et dépasse notamment 7% au Nigéria et en Afrique de l’Est. Selon une modélisation de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), le continent devra augmenter sa production d’électricité de 4 % par an d’ici 2040 pour y faire face.
L’examen des statistiques énergétiques de l’Afrique comparée aux autres régions de la planète montre qu’en 2014 le continent a une consommation globale de l’ordre de 720 MTEP soit 4% de la consommation mondiale actuelle d’après les données les plus récentes. Ce pourcentage oscille entre 3,5% et 4% au cours des 10 dernières années, alors même que l’Afrique représentait 16,4 % de la population mondiale en 2016. La part de la consommation des pays subsahariens est de 77% de la consommation totale d’énergie sur le continent.
Malgré son poids démographique, l’Afrique ne participe aujourd’hui que très faiblement à la consommation énergétique mondiale ; un africain consomme 0,3 tep en moyenne (tonnes d’équivalent pétrole) par an, contre près de 7,8 la tonne d’équivalent pétrole (tep par an) pour un Américain et 4 tep par an pour un Européen. Compte tenu de la consommation relativement supérieure en Afrique du Nord (0,9 Tep/hab) et en Afrique du Sud (2,9 Tep/hab), un habitant d’Afrique subsaharienne consomme environ 0,1 Tep par an.
L’enjeu énergétique est donc d’une importance cruciale pour le développement du continent africain. Le taux de croissance annuel de la consommation au cours des 10 dernières années (2006-2016) est de 2,7% pour l’Afrique contre 1,6% pour le reste du monde, ce qui indiquerait que le continent est dans une dynamique de rattrapage de son déficit. La chute des prix du pétrole, entamée à la mi-2014, n’a pas entrainé un effet de croissance significative de la consommation. La croissance annuelle entre 2014-2015 et 2015-2016 est respectivement de l’ordre 1,3% et 1,5%, soit à peu près la moitié de la croissance réalisée durant la période 2006-2014.

Pour ce qui concerne le sous-secteur d’électricité, il y a lieu de signaler qu’en Afrique subsaharienne, la consommation moyenne annuelle d’électricité est de 488 kWh par habitant, soit environ 5% de la consommation par habitant des États-Unis (Banque mondiale, 2014). Cette moyenne est biaisée par les taux élevés d’accès à l’électricité en Afrique du Sud. Lorsque l’Afrique du Sud est exclue, la consommation annuelle d’électricité n’est que d’environ 150 kWh par habitant (Banque mondiale, 2014). Il y a lieu de signaler également que  » le coût moyen de production de l’électricité en Afrique est de 0,18 US$/kWh, soit un coût élevé par rapport aux normes internationales et près de deux fois supérieur à celui d’autres régions en développement ». Cette situation s’explique par un recours important à des moyens onéreux pour la production de l’électricité, notamment les hydrocarbures pétroliers liquides (46% pour le continent contre 6% dans le monde) alors que l’hydraulique est sous-exploité.

Il faut également mentionner « le coût de revient des groupes électrogènes (diesel) de substitution qui est de 0,35 à 0,40 US$/kWh. Quant aux prix de vente, ils varient des plus bas niveaux mondiaux soit 0 ,02 US$/kWh pour les pays à ressource interne hydraulique ou pétrolière (Zambie, Nigéria) aux plus élevés soit 0,50 US$/kWh pour les pays dépendant de fioul et gasoil importés ». En 2014, la demande d’électricité en Afrique a atteint 604 TWh, soit une augmentation de 68% depuis 2000. La région Afrique du Nord et le pays d’Afrique du Sud représentent à eux seuls près de 75% de la consommation totale d’électricité du continent.

B.1. Approche conceptuelle de la transition énergétique juste en Afrique

                         La définition d’une transition juste a été façonnée par les fondements des mouvements de « droits du travail » et de « justice environnementale ». Le concept est issu du mouvement syndical américain des années 80 et a été développé par des organisations internationales telles que l’Organisation internationale du travail et le Programme des Nations Unies pour l’environnement. Les idées associées à une transition juste ont été intégrées dans l’Accord de Paris de 2015. Son préambule cite « les impératifs d’une transition juste pour la population active et de la création d’emplois décents et de qualité conformément aux priorités de développement définies au niveau national, » parallèlement aux questions distinctes mais connexes de l’intégrité environnementale et de la justice climatique.
                         L’Afrique définit et encadre sa transition juste. En Afrique du Sud, une transition juste a trouvé un espace dans les cadres de la politique climatique depuis 2012. Compte tenu de la dépendance du pays à l’égard des secteurs à forte intensité énergétique pour l’emploi et de l’exploitation minière pour les revenus, le Plan national de développement (2012) a reconnu la nécessité d’une « transition judicieuse » pour tenir compte du fait que les pauvres et les personnes vulnérables risquent d’être affectés de manière disproportionnée par le changement climatique et les politiques associées. En 2015, la contribution prévue déterminée au niveau national a articulé une transition judicieuse comme un processus inclusif qui prendrait en compte « les connaissances locales et autochtones, les considérations de genre, ainsi que les implications sociales, économiques et environnementales ».
                            La dernière version révisée de la contribution déterminée au niveau national (2021) aligne le concept sur les « objectifs de développement plus larges » du pays et indique qu’une transition juste doit inclure la sécurité énergétique, la sécurité de l’eau, la sécurité alimentaire, la résilience des infrastructures, l’utilisation des terres et la mobilisation des innovations technologiques et des financements climatiques nécessaires. Une transition juste exige que les actions liées au changement climatique soient menées de manière équitable et juste, en tenant compte de la structure et des défis économiques existants, afin de garantir que les actions soient socialement acceptables, économiquement viables et orientées vers des résultats positifs en matière d’environnement et de développement. L’Afrique subira de manière disproportionnée les effets négatifs du changement climatique et les répercussions socio-économiques des risques climatiques.
                                  Cela signifie que des solutions équitables au changement climatique nécessiteront des politiques favorables aux personnes les plus touchées. Compte tenu de l’ampleur de la pauvreté et des inégalités en matière d’énergie, et dans l’optique du développement économique, une transition juste en Afrique devrait donner la priorité à la distribution équitable des avantages associés au passage à un avenir à faible émission de carbone et résilient au climat dans tous les secteurs de la société, y compris les groupes vulnérables. Les programmes de développement durable plus larges des pays doivent considérer leur transition juste comme partie intégrante. Les plans et initiatives doivent s’aligner sur les priorités de développement et accroître l’accès à des systèmes et technologies énergétiques avancés et efficaces dans tous les secteurs économiques et groupes socioéconomiques.
                                  L’appli cation d’une transition juste doit donc servir de principe fondamental pour accélérer les progrès dans la réalisation des ODD. Les aspects d’équité et de justice doivent être appliqués pour atténuer les effets néfastes de l’insécurité énergétique, et relever les défis aux niveaux sectoriel et régional, et par groupes intergénérationnels, de genre et d’âge, y compris les groupes marginalisés et vulnérables. L’argument « ne laisser personne de côté », qui fait partie intégrante d’une transition juste, doit prendre en compte et sur monter les défis politico-économiques et institutionnels afin de s’assurer que les communautés touchées ne sont pas seulement bénéficiaires mais peuvent aussi définir leur propre avenir. Si le dialogue social est au centre des préoccupations, la transition devra également inclure des financements innovants, axés sur la réalisation de multiples co-bénéfices, plutôt que de mobiliser des investissements dans le seul but de stimuler les marchés commerciaux.
                                        Dans les communautés où la pauvreté énergétique et les inégalités sont importantes, les financements innovants doivent pouvoir ouvrir de nouvelles possibilités et ne pas compromettre la résilience et la capacité d’adaptation des communautés. Le schéma mondial des émissions par personne et par secteur indique non seulement la nécessité urgente de réduire les émissions de carbone, mais aussi une immense inégalité dans la production et la consommation à forte intensité de carbone. Dans le cadre d’une transition juste, s’il est essentiel que l’Afrique prenne sa juste part d’engagements en faveur des objectifs climatiques, il est également essentiel que l’Afrique dispose d’un espace politique et d’un horizon temporel pour la transition énergétique et la décarbonisation afin d’équilibrer les objectifs de développement et les objectifs climatiques.
                                        La transition énergétique ne consiste pas seulement à fournir un accès à l’électricité. Il s’agit également de garantir des gains socioéconomiques grâce aux possibilités de valeur ajoutée qu’offre la transition. L’une de ces possibilités est la fabrication de technologies vertes. Actuellement, l’Afrique capte moins de 3 % de la part mondiale de l’emploi dans les énergies renouvelables, en grande partie à cause du rôle limité des énergies renouvelables dans le mix énergétique africain. Par conséquent, une transition énergétique équitable devrait atténuer les risques d’exclure l’Afrique de la chaîne de valeur de la fabrication de technologies vertes et viser à augmenter la part de l’Afrique dans les emplois liés aux énergies renouvelables.

B.2. Quelques défis et opportunités pour une transition énergétique juste en Afrique

Notons ici que le programme de transition énergétique en Afrique a été conçu pour répondre à certains défis auxquels le continent est actuellement confronté et qui comprennent, entre autres, les éléments suivants :

  • La dépendance persistante à l’égard de sources d’énergie traditionnelles de faible qualité
  • Les inégalités entre et au sein des pays et des régions
  • L’intégration régionale insuffisante
  • Les contraintes de capacité
  • Les points communs et différences à travers l’Afrique
  • La croissance rapide de la population et les changements démographiques Ainsi, afin de relever les défis énergétiques actuels de l'Afrique et de mettre en œuvre avec succès la transition énergétique africaine de grande envergure, le programme est basé sur des objectifs stratégiques qui sont conformes et opportuns pour toute initiative verte à mettre en œuvre en Afrique, ces objectifs sont :
  • La mise en place de l’infrastructure énergétique pour le développement économique et social, en commençant par l’agriculture, qui emploie la plus grande partie de la population mais reste à un niveau de production proche de la subsistance dans la plupart des régions du continent ;
  • Le développement du secteur des énergies renouvelables conformément à l’accord de Paris, afin d’exploiter le grand potentiel de l’Afrique en matière d’énergie solaire, éolienne, hydroélectrique, géothermique et autres sources renouvelables, et de renforcer les capacités africaines de fabrication et de développement de ces technologies ;
  • La conception de programmes d’efficacité énergétique pour les bâtiments, l’industrie et les transports dans les États membres de l’UA. Ces programmes devraient inclure la fabrication locale d’équipements efficaces, ainsi que les interventions réglementaires et comportementales ;
  • Une planification stratégique à long terme pour la mise en place de systèmes d’énergie renouvelable intelligents, centrés sur les personnes, interconnectés et distribués, afin de s’adapter rapidement au développement actuel et à la baisse des coûts des nouvelles technologies en matière d’énergie renouvelable, qui ouvrent de nombreuses perspectives de transition vers les systèmes énergétiques de l’avenir et de conception de ces derniers ;
  • Un examen attentif du rôle éventuel des gazoducs nationaux, régionaux et intercontinentaux, lorsque cela peut être justifié par une perspective climatique et économique à long terme, tout en reconnaissant les risques liés aux actifs non exploités et la nécessité mondiale de se détacher rapidement des combustibles fossiles ;
  • Le développement d’un réseau électrique africain intégré, qui permettrait de réduire considérablement le coût moyen de l’électricité sur le continent et d’accroître la durabilité et la sécurité énergétiques ;
  • La décarbonisation du secteur de l’énergie et d’autres secteurs, afin de positionner définitivement les pays sur une trajectoire énergétique à faible ou à zéro émission de carbone et de respecter les engagements nationaux pris dans le cadre de l’accord de Paris ;
  • La mise en œuvre d’une approche systématique de l’innovation à l’échelle du continent afin d’exploiter les capacités de recherche et de développement nécessaires pour atteindre tous les objectifs susmentionnés.

Conclusion


Compte tenu de l’importance de l’énergie pour le développement économique et plus largement pour le développement durable, les pays africains doivent développer et soutenir une transition juste vers un système d’énergie propre susceptible d’apporter des avantages socioéconomiques, l’inclusivité sociale et l’autonomisation. Le déficit d’accès actuel doit être comblé pour s’assurer que les dimensions d’équité ne sont pas seulement évoquées dans les cercles politiques, mais font l’objet d’une véritable action. Les transitions à faibles émissions de carbone devraient être conçues délibérément dans le cadre de procédures justes afin de s’assurer que les questions de genre et d’équité sociale sont incluses dans l’élaboration et la mise en œuvre. Les Gouvernements africains ont la responsabilité de créer les conditions institutionnelles et de gouvernance pour que les ambitions de répartition soient ancrées dans la justice en matière de procédures.

Pour réduire la précarité énergétique de sa population, l’Afrique a une occasion unique d’étendre sa capacité de production d’électricité sans aggraver le changement climatique grâce à ses abondantes ressources renouvelables. Lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, tenue au Maroc en novembre 2016 (COP 22), 47 membres du Climate Vulnerable Forum (dont beaucoup se situent en Afrique subsaharienne) se sont engagés à œuvrer pour porter la contribution des énergies renouvelables à 100% de leurs besoins en énergie avant 2050, et considèrent que les énergies renouvelables sont essentielles pour résoudre les problèmes d’accès à l’énergie et de changement climatique de la région.

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