À Bruxelles, le président congolais appelle à « la paix des braves » avec son homologue rwandais
Dans un geste aussi inattendu que symbolique, le président de la République Démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a lancé un appel public à la paix à son homologue rwandais Paul Kagame, lors du Forum Global Gateway 2025 organisé à Bruxelles et consacré aux investissements européens en Afrique.
« Je prends à témoin l’assistance ici présente et le monde entier pour lancer un appel à la paix, lui tendre la main et demander à ce qu’on arrête cette escalade », a déclaré le chef de l’État congolais, en faisant allusion aux affrontements persistants entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et le mouvement armé M23, soutenu par Kigali selon Kinshasa.
Le président Tshisekedi a insisté : « Aujourd’hui, nous sommes les deux seuls capables d’arrêter cette escalade. »
Cet appel, prononcé devant Paul Kagame lui-même, marque un tournant diplomatique majeur dans une crise régionale qui s’enlise depuis plusieurs années, malgré la signature, en juin dernier à Washington, d’un accord de paix sous médiation américaine.
Un appel à la responsabilité partagée
Félix Tshisekedi a également évoqué le rôle du président angolais João Lourenço, médiateur de l’Union africaine dans le processus de Luanda, regrettant que « sans raison valable », le Rwanda ait « boycotté la cérémonie » qui devait sceller une paix durable.
Le chef de l’État congolais a exhorté son homologue à « donner l’ordre aux troupes du M23 d’arrêter cette escalade », estimant que « des millions de vies ont déjà été perdues » et qu’il est temps de « se tourner vers la paix et le développement ».
Des réactions contrastées côté rwandais
Paul Kagame, qui s’était exprimé avant son homologue congolais, n’a pas directement répondu à cette main tendue, se limitant à évoquer une « énergie positive » autour des affaires, des investissements et de la paix.
En revanche, son ministre des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a réagi vivement, accusant Félix Tshisekedi de « faire du cinéma politique ».
« Il abuse d’un forum destiné à la coopération entre l’Union européenne et l’Afrique pour en faire une tribune politique », a-t-il déclaré, tout en reprochant au président congolais de « violer lui-même les accords déjà signés ».
Selon Kigali, Kinshasa aurait refusé de parapher le cadre régional d’intégration économique négocié à Washington, présenté comme le prolongement économique de l’accord de paix du 27 juin 2025. Le Rwanda maintient également que ses différends avec la RDC sont distincts de ceux opposant Kinshasa au mouvement M23, justifiant ainsi son absence au dernier sommet de Luanda.
Un tournant diplomatique à haut risque
Ce nouveau face-à-face entre les deux chefs d’État intervient dans un contexte explosif : la recrudescence des combats dans le Nord-Kivu, la chute de plusieurs localités stratégiques, et la tension persistante autour des négociations parallèles de Doha (entre Kinshasa et le M23) et de Washington (entre Kinshasa et Kigali).
Si certains observateurs saluent le courage politique de Félix Tshisekedi, d’autres y voient une manœuvre calculée, à quelques mois des grandes échéances régionales et des pressions diplomatiques internationales croissantes pour le retour à la stabilité dans les Grands Lacs.
Quoi qu’il en soit, cette main tendue à Paul Kagame pourrait marquer le début d’un nouvel épisode diplomatique — celui d’une paix possible, mais fragile, entre deux voisins que tout oppose encore.









