Dans le microcosme politique de la RDC, il se chuchote de plus en plus sérieusement une éventuelle arrestation de Modeste Bahati Lukwebo, président statutaire de l’AFDC.
Selon certaines informations non encore confirmées, Modeste Bahati Lukwebo s’attendrait à être arrêté en flagrance par les services de sécurité du pays. L’homme qui a révélé, le 4 mars 2026, qu’il « soutient le Chef de l’État dans la stratégie comme dans les faits, et non dans la clameur publique » est aujourd’hui visé par un vaste projet d’anéantissement politique, minutieusement élaboré.
Le « Maradona congolais », comme on aime l’appeler, gênerait le plan du parti présidentiel, notamment celui visant à modifier la Constitution afin de prolonger le cycle du pouvoir de l’actuel Chef de l’État.
« Modeste Bahati Lukwebo est un acteur politique de premier plan. Ses relations avec certains acteurs internationaux clés suscitent déjà des préoccupations dans les cercles du pouvoir. Il est perçu comme un candidat présidentiel potentiel capable de gagner la confiance populaire, au regard de son ancrage et de son aura. Dès lors, certains envisageraient de le fragiliser, voire de le rendre inéligible », nous confie un membre d’un cabinet ministériel relevant du parti au pouvoir.
Depuis quelques semaines, les médias nationaux et internationaux sont focalisés sur le président statutaire de l’AFDC, notamment depuis sa conférence tenue au siège de son parti politique. Toutefois, Kinshasadirect.net s’est intéressé à une question que peu semblent vouloir approfondir : « Pourquoi un tel acharnement contre la personne de Bahati et contre l’AFDC ? »
« Il convient d’abord de relever que certains cercles organisent des réunions stratégiques tournantes depuis plusieurs mois. La situation actuelle serait le résultat d’un plan coordonné et discret. Ce qui manquait à ce dispositif n’était qu’un élément déclencheur. En effet, déstabiliser Modeste Bahati Lukwebo alors qu’il occupait encore ses fonctions de deuxième vice-président du Sénat aurait porté atteinte à l’image des institutions. Imaginez un deuxième vice-président du Sénat accusé de collusion avec les rebelles de l’AFC/M23 : l’impact sur l’image du pays serait considérable. Il fallait donc, dans cette logique, envisager des mécanismes pour l’écarter du Sénat, avant d’accélérer la seconde phase du plan. L’erreur qui lui est reprochée serait d’avoir pris position sur la question constitutionnelle, un sujet actuellement jugé intolérable par le pouvoir », poursuit notre interlocuteur, qui précise toutefois ne pas partager cette approche, estimant que « Bahati Lukwebo ne constitue pas, selon lui, une menace majeure ».
Ce dernier reconnaît également que ce projet reste difficile à concrétiser, soulignant que Félix Tshisekedi « n’a pas fédéré autour de lui une élite diversifiée, s’appuyant davantage sur un cercle restreint. Or, aucune composante ne peut prétendre détenir à elle seule le monopole des décisions ni du destin du pays ».
Par ailleurs, des inquiétudes émergent quant à la cohésion nationale. Notre interlocuteur affirme que Félix Tshisekedi « fait face à des réserves croissantes de la part de plusieurs partenaires internationaux, notamment en raison de déceptions dans les domaines économique et de la gestion des finances publiques. Aux États-Unis, certaines analyses évoquent déjà des risques de fragmentation du pays liés à des décisions susceptibles d’affaiblir la démocratie acquise au prix de lourds sacrifices depuis 1998. Les partenaires chinois, autrefois privilégiés dans le secteur minier, exprimeraient également des réserves, estimant que le régime peine à assurer la cohérence de ses choix stratégiques et de ses partenariats économiques ».
Cette conversation nous a permis d’accéder à des éléments rarement évoqués publiquement. Nous sommes également parvenus à joindre un ancien diplomate congolais, vivant aujourd’hui entre New York, Bruxelles et Paris, qui estime que la situation pourrait être plus grave qu’elle n’y paraît.
Pour lui, « la RDC pourrait être confrontée à des dynamiques de fragmentation ». Et même si cela n’est pas encore visible, « certains mécanismes seraient déjà en marche, et certaines évolutions politiques actuelles pourraient involontairement conforter ces logiques ».
Il développe :
« Nous observons désormais notre pays avec distance. Ayant quitté les affaires publiques, nous nous consacrons à des activités économiques. Toutefois, les évolutions actuelles nous parviennent et nous conduisent à tirer certaines conclusions. Je me souviens qu’à l’époque où nous étions aux responsabilités, les projets de balkanisation de la RDC étaient évoqués dans plusieurs chancelleries, mais essentiellement sous l’angle du contrôle économique, et non d’une division territoriale effective. Les scénarios les plus radicaux, portés par certains acteurs, envisageaient toutefois la création de deux États au cœur de l’Afrique. »
Il poursuit :
« Aujourd’hui, ces perspectives semblent gagner en visibilité. Malheureusement, le Président Félix Tshisekedi, que nous avions soutenu à un moment donné, apparaît désormais, aux yeux de certains, comme celui par qui ces thèses pourraient trouver une forme de justification. Certaines décisions, notamment en matière de nominations, que ce soit au gouvernement, dans les entreprises publiques ou au sein de l’armée, donnent le sentiment d’un déséquilibre susceptible d’alimenter des frustrations régionales. Nous avons d’ailleurs adressé plusieurs correspondances de mise en garde, restées sans réponse. »
Il ajoute :
« La situation socio-économique demeure préoccupante : une partie de la population vit dans la précarité, la jeunesse est confrontée au chômage, et les salaires des fonctionnaires connaissent des irrégularités. Parallèlement, les performances économiques annoncées ne semblent pas produire d’effets tangibles sur les conditions de vie des citoyens. Une telle situation peut engendrer une frustration sociale profonde. »
Évoquant la situation sécuritaire, il conclut :
« Les populations de l’Est, notamment en Ituri et dans les Kivu, subissent des souffrances considérables, souvent sous-estimées au niveau international. Si certains ont laissé croire au Président Félix Tshisekedi que ces populations pourraient applaudir un éventuel retrait des forces rwandaises et des éléments liés à Corneille Nangaa, ils se trompent profondément. Ces communautés attendent bien plus que des gestes symboliques : elles exigent une paix durable, une sécurité réelle et une reconnaissance sincère de leurs souffrances. »
« Une telle lecture de la situation pourrait constituer une erreur stratégique majeure. Car ces populations, éprouvées par des années de conflits, pourraient développer un sentiment d’abandon ou d’instrumentalisation. Certains vont jusqu’à soupçonner une gestion prolongée de la crise à des fins politiques, notamment en lien avec les échéances électorales. »
« Il convient également d’envisager des scénarios plus complexes. Si, par exemple, le Rwanda procédait à un retrait tactique de ses forces, cela ne signifierait pas nécessairement la fin des dynamiques de déstabilisation. Une reconfiguration des acteurs pourrait s’opérer, plaçant les autorités face à de nouveaux défis, notamment en matière d’organisation électorale et de gouvernance sécuritaire. »
« Dans ce contexte, il est impératif d’éviter toute décision susceptible d’exacerber les tensions. On ne saurait durablement gouverner un peuple déjà traumatisé sans prendre en compte ses aspirations profondes. Le risque serait alors de voir émerger une colère difficilement maîtrisable. »
Dans la foulée, des journalistes à Kinshasa mènent également leurs enquêtes et avancent leurs analyses. Un éditorialiste contacté déclare :
« À mon sens, l’enjeu demeure fondamentalement lié au pouvoir. Toutefois, cette trajectoire comporte des risques. L’histoire politique du pays montre que même les stratégies les plus élaborées peuvent échouer. Il est donc impératif de privilégier des approches inclusives afin d’éviter toute dérive susceptible de replonger le pays dans une crise majeure. »
Nos entretiens se poursuivent et, dans le prochain numéro, nous donnerons la parole à d’autres leaders d’opinion ainsi qu’à des acteurs, anciens ou actuels, de la scène politique, qui portent un regard différent sur la situation.






