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L’Union Sacrée de la Nation sur les traces du passé ? Le spectre du dédoublement des partis refait surface

L’histoire politique récente de la République démocratique du Congo semble, à bien des égards, se répéter. À la lumière des tensions actuelles au sein de l’AFDC-A, une question s’impose : l’Union Sacrée de la Nation est-elle en train de replonger dans des pratiques autrefois dénoncées et combattues ?

En 2016, l’Accord de la Saint-Sylvestre, conclu sous l’égide de Conférence épiscopale nationale du Congo, avait pourtant posé des balises claires pour encadrer la vie politique congolaise. Parmi celles-ci figurait la condamnation ferme du dédoublement des partis politiques, une pratique jugée contraire à l’éthique démocratique et souvent motivée par des intérêts obscurs.

Première victime de ces manœuvres, l’UDPS/Tshisekedi avait fortement milité pour l’insertion de cette disposition dans l’accord. Ce combat visait à protéger l’intégrité des formations politiques face aux tentatives de fragmentation opportuniste.

2019 : un précédent sous le regard de Félix Tshisekedi

En 2019, peu après son accession à la magistrature suprême, Félix Tshisekedi est confronté à une tentative de dédoublement de l’AFDC-A, un regroupement politique alors en rupture avec le Front Commun pour le Congo de Joseph Kabila.

Refusant de cautionner ce qu’il considérait comme une supercherie politique, le Chef de l’État s’est inscrit dans une logique de respect des textes légaux. En 2020, sous son impulsion, l’AFDC-A dirigée par Modeste Bahati Lukwebo a recouvré sa son unicité, mettant ainsi un terme à une crise qui menaçait la stabilité interne du regroupement.

Cette décision s’inscrivait dans une volonté affirmée de rompre avec les pratiques politiques du passé et de consolider l’État de droit. En tant que garant de la stabilité nationale, Félix Tshisekedi avait alors envoyé un signal fort contre toute forme d’usurpation ou de manipulation partisane.

2026 : un scénario qui inquiète

Près de huit ans plus tard, le spectre du dédoublement semble réapparaître. À la suite des récentes déclarations du sénateur Modeste Bahati Lukwebo sur la Constitution, et après sa démission au poste de Deuxième Vice-président du Sénat intervenue dans un contexte d’« incompréhension interne », des tensions ont resurgi au sein de l’AFDC-A.

Ce mercredi 25 mars 2026, certains cadres du regroupement se prévalent désormais du droit de destituer celui qui, il y a quelques jours encore, ils ont reconduit comme président national statutaire de l’AFDC. Une volte-face qui suscite incompréhension et indignation au sein de nombreux militants et responsables du parti.

Pour plusieurs observateurs internes, ces agissements s’apparentent à une « supercherie politique », rappelant les épisodes de 2019 que beaucoup espéraient révolus.

Une contradiction politique difficile à expliquer

La situation apparaît d’autant plus paradoxale que Modeste Bahati Lukwebo a réaffirmé publiquement son soutien au Président de la République ainsi que l’ancrage de son parti au sein de l’Union Sacrée de la Nation.

Mieux encore, le dernier congrès de l’AFDC n’a pas seulement renouvelé sa confiance à son autorité pour un nouveau mandat de cinq ans, mais a également réitéré l’engagement du parti au sein de cette plateforme politique.

Dans ce contexte, les accusations portées par certains « frondeurs » — qui reprochent à Bahati Lukwebo de ne pas suivre la ligne de l’Union Sacrée — peinent à convaincre et interrogent sur les motivations réelles de cette fronde.

Des tensions internes aux relents politiques

Contacté par Kinshasadirect.net, un haut cadre de l’AFDC s’est dit surpris par l’attitude de certains de ses camarades. Selon lui, ces derniers ne peuvent ignorer l’issue de telles démarches, historiquement vouées à l’échec.

Il regrette également que de telles pratiques puissent resurgir sous le mandat de Félix Tshisekedi, d’autant plus qu’elles seraient, selon ses propos, encouragées en coulisses par certains acteurs influents de l’Union Sacrée promettant soutien et avantages aux contestataires.

Le rôle déterminant de la justice

Face à cette situation, de nombreux observateurs rappellent que seule la justice reste compétente pour trancher ce type de litige. Dans un État de droit, elle constitue le dernier rempart contre les dérives susceptibles d’alimenter l’instabilité politique.

À l’heure où la RDC fait face à des défis sécuritaires et économiques majeurs, notamment dans sa partie orientale, la résurgence de telles crises internes au sein de la majorité apparaît comme un facteur de fragilisation supplémentaire.

Entre héritage du passé et exigences du présent, la classe politique congolaise est une nouvelle fois appelée à faire preuve de responsabilité pour éviter que l’histoire ne se répète au détriment de la stabilité nationale.

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