À l’ouverture de la 13ᵉ Conférence des gouverneurs, le Président de la République, Félix Tshisekedi, a dressé un diagnostic sans détour : la République démocratique du Congo reste prisonnière d’un paradoxe structurel. « Notre pays dispose des terres immenses, d’une richesse hydrique exceptionnelle et d’une jeunesse capable de porter une véritable renaissance productive. Pourtant, nous continuons de faire face à un paradoxe que nous ne pouvons plus accepter, celui d’un pays abondamment doté par la nature mais encore insuffisamment organisé pour transformer cette abondance en prospérité partagée », a-t-il déclaré.
Dans un discours à forte portée politique, le Chef de l’État a également mis en garde contre les dérives institutionnelles au niveau provincial. « Le contrôle parlementaire provincial est légitime, il est nécessaire, il est sain dans une démocratie, mais il ne peut pas devenir un instrument de chantage politique, ni d’instabilité chronique », a-t-il insisté, avant d’appeler à des relations apaisées entre institutions : « Nos provinces n’ont pas besoin d’institutions paralysées, ni rivales, mais d’institutions qui se respectent, se complètent et gardent le souci de la population ».
Le Sud-Kivu, entre potentiel agricole et défis sécuritaires
Au cœur des échanges, la situation des provinces illustre concrètement les propos du Président. C’est notamment le cas du Sud-Kivu, une région riche en ressources naturelles mais confrontée à de profondes fragilités.
Dotée de terres arables abondantes et d’une population majoritairement rurale – estimée à près de 87 % –, la province repose essentiellement sur l’agriculture. Ce potentiel agricole est tel que le Sud-Kivu pourrait non seulement atteindre l’autosuffisance alimentaire, mais également approvisionner d’autres provinces du pays.
Pourtant, la réalité économique reste contrastée. À Bukavu, principale agglomération de la province, la demande quotidienne en fruits et légumes dépasse 94 tonnes, alors que seulement 4 tonnes proviennent de la production locale. Un déséquilibre révélateur des difficultés structurelles qui entravent le développement agricole.
Ces contre-performances s’expliquent en grande partie par l’insécurité persistante, les conflits armés et une instabilité politique chronique qui fragilisent les communautés rurales et désorganisent les circuits de production.
Jean-Jacques Purusi Sadiki, porte-voix des provinces
Dans ce contexte, le Gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi Sadiki, a été désigné par ses pairs comme porte-parole des 26 gouverneurs de la RDC. Une responsabilité stratégique qu’il a assumée en relayant les principales préoccupations des exécutifs provinciaux auprès du Chef de l’État.
Revenant sur les recommandations issues de la 12ᵉ Conférence des gouverneurs tenue à Kolwezi, dans la province du Lualaba, il a insisté sur la nécessité de garantir la régularité de la rétrocession des fonds aux provinces et aux Assemblées provinciales.
Selon lui, ces ressources sont essentielles pour assurer la stabilité institutionnelle et prévenir les tensions politiques au niveau local. Il a également plaidé pour la mise en œuvre effective de la caisse de péréquation, un mécanisme destiné à réduire les inégalités entre provinces.
Paix, sécurité et reconnaissance des efforts diplomatiques
Au nom de l’ensemble des gouverneurs, Jean-Jacques Purusi Sadiki a salué les efforts diplomatiques du Président Félix Tshisekedi, notamment dans la gestion de la crise sécuritaire à l’Est du pays.
Il a exprimé sa reconnaissance pour les initiatives visant à mettre fin à la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, et à restaurer la paix et la sécurité sur l’ensemble du territoire national.
L’agriculture comme alternative stratégique aux minerais
Pour le gouverneur du Sud-Kivu, l’avenir de la province ne doit pas reposer exclusivement sur l’exploitation minière. Dans son programme d’action, l’agriculture occupe une place centrale en tant que moteur de développement durable.
Malgré les effets dévastateurs de la guerre d’agression qui affecte le tissu économique et social de la province, Jean-Jacques Purusi Sadiki affiche une détermination intacte. Il mise sur la valorisation des terres arables et sur la mobilisation de la main-d’œuvre locale pour impulser une dynamique de relance économique.
Un défi national à relever
À travers les échanges de cette 13ᵉ Conférence des gouverneurs, une évidence s’impose : la transformation du potentiel naturel de la RDC en richesse tangible passe par une meilleure gouvernance, une stabilité institutionnelle renforcée et des investissements ciblés dans des secteurs clés comme l’agriculture.
Le cas du Sud-Kivu, à la fois riche et vulnérable, illustre parfaitement ce défi national. Entre ambitions affichées et contraintes persistantes, la concrétisation de cette vision dépendra de la capacité des institutions à agir de manière coordonnée et efficace au service des populations.









