Home / Enquête / ENQUÊTE | RDC : Les zones d’ombre de Norbert Basengezi Kantitima, entre influence au Sénat et soupçons sécuritaires

ENQUÊTE | RDC : Les zones d’ombre de Norbert Basengezi Kantitima, entre influence au Sénat et soupçons sécuritaires

«Jouer à la diversion peut devenir dangereux si minimiser un point est l’erreur du parcours»

Auteur inconnu.

Alors que la pression militaire s’accentue à l’Est de la République Démocratique du Congo, une figure centrale de la scène politique du Sud-Kivu cristallise les attentions. Norbert Basengezi Kantitima, sénateur et membre de la Commission Défense et Sécurité, se retrouve au cœur d’un faisceau de présomptions liant passé rebelle, flux financiers opaques et stratégies d’influence au sommet de l’État.

Le « Vetting » en question : Un passé qui ne passe pas

L’architecture sécuritaire du Sénat congolais repose sur la confidentialité. Pourtant, la présence de Norbert Basengezi Kantitima au sein de la Commission Défense et Sécurité soulève un débat de fond sur l’intégrité des institutions.

Ancien Gouverneur du Sud-Kivu sous l’administration du RCD-Goma, nommé à l’époque par l’officier rwandais James Kabarebe, son parcours est indissociable des heures sombres documentées par le Rapport Mapping des Nations Unies.

L’interrogation est aujourd’hui d’ordre stratégique : comment un acteur ayant exercé des responsabilités de haut niveau au sein d’une rébellion soutenue par une puissance étrangère peut-il avoir un accès illimité aux secrets de la défense nationale ? Ce paradoxe alimente les craintes d’une infiltration structurelle capable d’orienter, voire de paralyser, les décisions sécuritaires en faveur de réseaux extérieurs.

Bukavu : L’Hôtel Résidence sous les radars

À Bukavu, l’activité de l’Hôtel Résidence, propriété de la famille Basengezi, situé sur le 79, Av Patrice Lumumba, dépasse le cadre strictement hôtelier. Plusieurs sources sécuritaires et d’observation civile pointent l’établissement comme un point de transit financier et logistique.

Logistique de l’ombre : Des rapports de terrain évoquent l’utilisation des infrastructures de l’hôtel pour la coordination de cadres liés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et au M23.

Économie de guerre : L’enquête révèle des soupçons de collecte de fonds issus de l’exploitation minière et de taxes illégales dans les zones de conflit, fonds qui seraient ensuite réinjectés dans le circuit formel via les actifs immobiliers de M. Kantitima. Le précédent de la CENI et les sanctions américaines
L’origine de la fortune immobilière de l’intéressé est un autre point de friction majeur.

Pour rappel, Norbert Basengezi et son fils, Marcellin Mukolo Basengezi, figurent sur la liste des sanctions du Département du Trésor américain (OFAC). Les motifs sont explicites : corruption et détournement de fonds publics lors du processus électoral de 2018.

L’administration américaine les accuse d’avoir artificiellement gonflé le coût des machines à voter alors que M. Kantitima occupait la vice-présidence de la CENI. Ce système de prédation financière aurait servi de levier pour bâtir, en un temps record, un empire économique aujourd’hui suspecté de financer des activités de déstabilisation.

Une stratégie de « substitution » au sein de l’Union Sacrée

Sur le plan politique, l’adhésion de M. Kantitima à l’Union Sacrée de la Nation est perçue par de nombreux analystes comme une manœuvre d’infiltration tactique. Son objectif semble être le contrôle total du leadership politique au Sud-Kivu, au détriment des piliers actuels de la majorité.

La cible principale de cette offensive est le le poste de Deuxième Vice-président du Sénat

En multipliant les notes de conjoncture alarmistes et les accusations auprès des services de sécurité, Kantitima tenterait de neutraliser le deuxième Vice-président du Sénat. Cette stratégie vise à isoler Bahati Lukwebo et Vital Kamerhe, les deux visages historiques du Kivu auprès de Félix Tshisekedi, pour imposer une nouvelle interface plus poreuse aux intérêts de l’ancien régime de Joseph Kabila, avec qui Kantitima maintiendrait des contacts réguliers.

Un défi pour la souveraineté

L’accumulation de ces éléments, antécédents rebelles, sanctions pour corruption et soupçons de complicité logistique avec l’AFC/M23, place les autorités congolaises devant un défi majeur.

La question de la présence de tels profils au cœur des commissions les plus sensibles de l’État ne relève plus seulement de la joute politique, mais de la sauvegarde de la souveraineté nationale.

Étiquetté :

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!