En République démocratique du Congo, la scène politique nationale traverse une nouvelle zone de turbulence. À la suite de la conférence de presse animée au siège de son parti par le sénateur et professeur Modeste Bahati Lukwebo, deuxième vice-président du Sénat et autorité morale de l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo et Alliés (AFDC-A), une série d’attaques politiques et médiatiques s’est déclenchée contre lui. Dans l’opinion publique, beaucoup y voient désormais une offensive politique structurée visant à fragiliser un acteur majeur de la vie politique congolaise.
Dans les couloirs du Parlement, une motion visant la déchéance de Modeste Bahati Lukwebo de son poste de deuxième vice-président du Sénat est en gestation. L’initiateur de cette démarche, le sénateur Kabongo, fonde d’abord son argumentaire sur les propos tenus par le sénateur lors de sa conférence de presse, prétendant que ces déclarations auraient offensé le chef de l’État, Félix Tshisekedi. Pourtant, dans cette intervention publique, le Président de la République n’a été ni cité ni visé, ni directement ni indirectement par Modeste Bahati qui a utilisé le groupe de mot « Problème d’Hommes».
Face à l’absence d’éléments convaincants, les griefs changent rapidement de nature. Les accusations initiales deviennent soudain administratives, révélant une volonté manifeste de construire un dossier politique contre le sénateur. Dans les milieux politiques, cette succession d’arguments confirme l’existence d’une cabale destinée à affaiblir un leader influent dont la liberté de ton dérange certains cercles du pouvoir.
La campagne de discrédit franchit ensuite une nouvelle étape. Des accusations graves présentent désormais Modeste Bahati Lukwebo comme un acteur supposément en collaboration avec la rébellion de l’AFC/M23 afin de protéger ses biens situés à Goma et à Bukavu. Cette thèse s’effondre pourtant face à la réalité : le sénateur fait lui-même partie des victimes directes de cette guerre. Ses usines, ses propriétés immobilières et plusieurs de ses investissements ont été occupés, détruits ou pillés par les groupes armés qui sévissent dans la région. Accuser une victime d’être complice de ceux qui ont détruit ses propres biens relève d’une stratégie politique visant à salir sa réputation.
La campagne se poursuit aujourd’hui à travers de nouvelles accusations à caractère fiscal, décrites par plusieurs observateurs comme un montage vide de sens destiné à fragiliser davantage le leader politique. Dans l’entourage du sénateur, l’analyse est claire : certains dignitaires du pouvoir cherchent à neutraliser une personnalité proche du Président de la République dont l’influence politique et l’indépendance d’esprit dérangent.
Au-delà du cas personnel de Modeste Bahati Lukwebo, cette affaire ouvre un débat plus large sur l’évolution du climat politique en République démocratique du Congo. Plusieurs observateurs nationaux et internationaux dénoncent une tendance inquiétante : la marginalisation progressive de plusieurs leaders issus de l’espace swahiliphone. Cette dynamique nourrit un sentiment de fracture politique et régionale qui alimente les inquiétudes autour du spectre de la balkanisation du pays.
Un ancien diplomate congolais basé aux États-Unis dresse un constat alarmant. Selon lui, une véritable chasse politique vise les leaders originaires de cette partie du pays. Parmi les personnalités concernées figurent notamment l’ancien président Joseph Kabila et Moïse Katumbi et Jacques Kyabula pour le grand Katanga, Mbusa Nyamwisi, Augustin Matata Ponyo, Emmanuel Ramazani Shadary, Vital Kamerhe et désormais Modeste Bahati Lukwebo pour le grand Kivu. Pour cet ancien diplomate, cette succession d’attaques politiques vise à affaiblir ou à éliminer les figures politiques majeures de cet espace linguistique afin de laisser le champ libre à des acteurs plus dociles, fabriqués par le régime actuel. Il donne même l’exemple ici du remplacement de Vital Kamerhe par Aimé Boji Sangara à la présidence de l’Assemblée nationale.
Une telle dynamique fragilise l’équilibre national et renforce les discours qui dénoncent une tentative de division du pays. Plusieurs analystes estiment que ces méthodes donnent du poids aux thèses séparatistes et aux discours des groupes rebelles qui accusent le pouvoir central de marginaliser certaines régions du pays. Dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est, cette perception renforce dangereusement les discours autour de la balkanisation de la République démocratique du Congo.
D’autres voix critiques vont encore plus loin. Elles dénoncent une instrumentalisation politique de la guerre dans l’Est du pays, affirmant que certains cercles du pouvoir utilisent la persistance du conflit pour consolider leur pouvoir et préparer des changements institutionnels. Ces analystes rappellent que lors de son mandat, l’ancien président Joseph Kabila avait finalement renoncé à modifier la Constitution malgré les tensions politiques de l’époque. Pour ces observateurs, la consolidation démocratique passe par la préparation d’une alternance politique normale plutôt que par des stratégies qui fragilisent l’unité nationale.
Dans ce climat chargé, de nombreux Congolais dénoncent une manière dangereuse de faire de la politique : détruire la réputation des adversaires, multiplier les accusations et instrumentaliser les institutions pour affaiblir ceux qui dérangent. Pour eux, cette dérive menace la cohésion nationale et détourne l’attention des véritables priorités du pays, notamment la paix, la sécurité et le développement.
Au cœur de ces turbulences politiques, une interrogation majeure traverse désormais l’opinion publique congolaise : certains dignitaires du pouvoir servent-ils réellement l’intérêt national ou alimentent-ils des stratégies politiques qui fragilisent l’unité du pays ? Dans un contexte de guerre et de tensions internes, la réponse à cette question devient déterminante pour l’avenir de la République démocratique du Congo.







