Sous le regard attentif de Washington, la RDC et le Rwanda ont signé un accord de paix inédit censé mettre fin à plus de trente ans de tensions meurtrières dans l’Est du Congo. Une signature lourde de symboles, mais aussi d’obligations, qui redessine les rapports régionaux et place les États-Unis au centre du jeu diplomatique.
La journée du jeudi 4 décembre 2025 restera sans doute comme un moment charnière dans la longue quête de paix du peuple congolais.
À Washington, Félix-Antoine Tshisekedi et Paul Kagame ont apposé leurs signatures sur un accord de paix destiné à ouvrir « une nouvelle ère » de coopération entre la RDC et le Rwanda. Depuis le pupitre, solennel, le Président congolais a rappelé l’engagement « rigoureux, sincère et constant » de Kinshasa à respecter toutes les obligations contenues dans le texte. Tout en appelant Kigali à la même droiture, Tshisekedi a insisté sur la sécurité des populations, l’intégrité territoriale et l’unité nationale, axes non négociables de la souveraineté congolaise.
Cette cérémonie de signature a été précédée d’une étape diplomatique cruciale : une audience accordée au Président Tshisekedi dans le Bureau Ovale de la Maison-Blanche. Donald Trump, qui a joué un rôle majeur dans l’aboutissement des pourparlers, a discuté avec les deux chefs d’État des engagements attendus, des mécanismes de contrôle et du suivi américain.

Dans la foulée, une réunion trilatérale inédite a réuni Trump, Tshisekedi et Kagame, confirmant la volonté de Washington d’assumer le rôle de garant politique et stratégique du nouvel accord. Cette implication américaine marque une inflexion diplomatique notable dans la région : la paix n’est plus seulement une affaire africaine, elle devient un dossier suivi de près par la première puissance mondiale.

Mais une question brûlante demeure : que se passera-t-il si le M23, non signataire et toujours actif sur le terrain, refuse de s’aligner sur la dynamique de paix ? Interpellée, la Ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a livré une réponse directe, presque cinglante :
Nous savons d’où le M23 tire ses ressources pour faire la guerre. Et les accords signés le 27 juin ici à Washington interdisent aux États signataires de ne plus apporter un quelconque soutien aux groupes armés.
Ces propos, lourds de sous-entendus, rappellent que la bataille diplomatique se joue désormais sur le terrain de la transparence et de l’isolement des groupes rebelles. Ils signalent aussi que la RDC attend des actes immédiats de la part de son voisin.
Le Gouverneur de la Banque Centrale du Congo, André Wameso, présent à Washington sûrement pour l’autre accord de coopération économique, a renforcé ce message en soulignant la portée symbolique et politique du lieu de signature :
Cet accord est signé à Washington. Que ce soit la RDC ou le Rwanda, personne ne voudra discréditer les États-Unis.
Dans les cercles diplomatiques, cette phrase résonne comme un avertissement : violer l’accord ne serait pas seulement un affront à Kinshasa ou Kigali, mais une défiance ouverte envers Washington. Autrement dit, les États signataires jouent désormais bien plus que leur relation bilatérale : ils engagent leur crédibilité internationale.

Si l’accord de Washington est salué comme une avancée majeure, il ouvre désormais une étape plus délicate : la mise en œuvre. Entre scepticisme des populations meurtries, prudence des observateurs et pression de la communauté internationale, le prochain chapitre sera déterminé par la capacité des deux pays à traduire sur le terrain les engagements exposés devant le monde. Le peuple congolais, éreinté par des décennies de violence, n’attend pas des promesses, mais des résultats visibles, concrets et irréversibles.
Washington a créé l’impulsion. L’histoire dira si Kinshasa et Kigali sauront en faire une paix durable.









